Ce principe s'applique–t–il à l'aquariologie ? A l'évidence la réponse est non.
Les exemples de données ascientifiques sont légion dans le monde aquariophile. La majorité des informations sur les besoins des poissons en terme de qualité d'eau en font partie. Rares sont en effet les espèces pour lesquelles des protocoles expérimentaux ont été mis en place. Ces valeurs ont bien souvent été bâties à partir des données du milieu d'origine, puis une marge de tolérance a été ajustée en fonction d'observations directes. Il ne faut évidemment pas considérer ces informations comme érronées, bien souvent elles sont mêmes très précises grâce au travail des éleveurs et des passionnés, on ne peut néanmoins affirmer que ces données sont incontestables. Il peut y avoir des divergences mesurées entre des observateurs, lorsque l'un va par exemple rechercher un seuil de viabilité, et qu'un autre s'interessera plus au « bien-être » du poisson, avec toute la délicatesse qu'implique l'appréciation de ce paramètre.
La plupart des principes de l'aquariologie repose en effet sur l'interprétation de phénomènes observés sporadiquement dans les aquariums, voie royale de l'empirisme, car une théorie n'est scientifique que si elle explique des faits qui le sont, or, une grande partie des observations n'entre pas dans une démarche expérimementale.
Certes, il existe de nombreuses études réalisées par des laboratoires très compétents. Ces recherches qui utilisent des espèces issues de l'aquariophilie n'ont pas toujours pour but de faire avancer l'aquariologie, ce sont en général des protocoles réalisés dans des cadres variés tels que la parasitologie, l'étude des écosystèmes, l'agro-alimentaire ou encore la biologie des populations. Hélas, ces informations de qualité ne sont pas toujours récupérées par la communauté aquariophile. Pour exemple, si tous les possesseurs de poissons étaient aussi informés que les scientifiques sur les cycles des parasites, le recours aux traitements antibiotiques ne serait pas automatique dans les bacs.
Pour autant ce n'est pas aux scientifiques de faire l'aquariologie. La communauté aquariophile dispose de tous les moyens et de toutes les compétences. Pour cela il lui faut intégrer le doute, moteur de toute science, mais elle doit également s'inspirer des travaux scientifiques susceptibles de la concerner.
L'aquariologie sortira donc de l'âge de la thériaque lorsque chacun osera douter, lorsqu'aucune affirmation ne sera plus présentée comme une vérité, simplement comme un fait observé dans des conditions données. La structure actuelle des flux d'informations laisse à l'empirisme de beaux jours devant lui et la révolution scientifique n'est peut être pas pour demain, mais, comme le disait Claude Bernard à propos de la médecine : « cela ne nous empêche pas d'en concevoir la possibilité et de faire tous nos efforts pour y tendre en cherchant dès aujourd'hui à introduire [...] la méthode qui doit nous y conduire ».