Pour le profane, il y a une réelle difficulté à développer efficacement sa culture aquariophile. La faute vient d'un problème structurel de la qualité des données, noyées dans un empirisme aveugle à tous les niveaux de complexité ; situation qui rappelle l'état de la médecine au XIXeme siècle avant la révolution bernardienne. Il peut être intéressant de développer cette analogie.
En 1865, Claude Bernard écrit « Sans doute nous sommes loin de cette époque où l'ensemble de la médecine sera devenu scientifique ». Par ce constat acerbe mais réaliste, il avoue ce que toute la communauté médicale refuse d'admettre : la médecine n'est pas - encore - une science. La cause est un empirisme séculaire, souvent chanceux, parfois pertinent, mais qui ne supporte pas l'analyse et la compréhension des sciences du vivant de l'époque.
Une grande révolution épistémologique était donc à batir, avec pour objectif une ambitieuse mission : transformer un savoir en une science.
La méthode que Claude Bernard énonça consiste à ne prendre en compte que les résultats issus d'expérimentations dont on maîtrise tous les aspects. Le théoricien se vit donc chassé des sciences du vivant au profit de l'expérimentateur, et l'empiriste perdit tout son crédit. Cette approche, énoncée il y a près de 150 ans, est depuis le principe fondamental de toutes les sciences où elle est applicable.
Les exemples de données ascientifiques sont légion dans le monde aquariophile. La majorité des informations sur les besoins des poissons en terme de qualité d'eau en font partie. Rares sont en effet les espèces pour lesquelles des protocoles expérimentaux ont été mis en place. Ces valeurs ont bien souvent été bâties à partir des données du milieu d'origine, puis une marge de tolérance a été ajustée en fonction d'observations directes. Il ne faut évidemment pas considérer ces informations comme érronées, bien souvent elles sont mêmes très précises grâce au travail des éleveurs et des passionnés, on ne peut néanmoins affirmer que ces données sont incontestables. Il peut y avoir des divergences mesurées entre des observateurs, lorsque l'un va par exemple rechercher un seuil de viabilité, et qu'un autre s'interessera plus au « bien-être » du poisson, avec toute la délicatesse qu'implique l'appréciation de ce paramètre.
La plupart des principes de l'aquariologie repose en effet sur l'interprétation de phénomènes observés sporadiquement dans les aquariums, voie royale de l'empirisme, car une théorie n'est scientifique que si elle explique des faits qui le sont, or, une grande partie des observations n'entre pas dans une démarche expérimementale.
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Pour autant ce n'est pas aux scientifiques de faire l'aquariologie. La communauté aquariophile dispose de tous les moyens et de toutes les compétences. Pour cela il lui faut intégrer le doute, moteur de toute science, mais elle doit également s'inspirer des travaux scientifiques susceptibles de la concerner.
L'aquariologie sortira donc de l'âge de la thériaque lorsque chacun osera douter, lorsqu'aucune affirmation ne sera plus présentée comme une vérité, simplement comme un fait observé dans des conditions données. La structure actuelle des flux d'informations laisse à l'empirisme de beaux jours devant lui et la révolution scientifique n'est peut être pas pour demain, mais, comme le disait Claude Bernard à propos de la médecine : « cela ne nous empêche pas d'en concevoir la possibilité et de faire tous nos efforts pour y tendre en cherchant dès aujourd'hui à introduire [...] la méthode qui doit nous y conduire ».
Nicolas Delorme






le CLAM ( Club Languedocien d'Aquariophilie Marine )


Introduction à l'étude de l'aquariologie expérimentale ou critique de l'empirisme aveugle dans une science potentielle.





