Le cormoran est-il toujours au menu ?
Justement non. On va aborder l'avenir de la pisciculture en Dombes en essayant d'éviter les problèmes de cormorans. Car nous avons aujourd'hui une « clientèle » de jeunes qui veulent se lancer dans cette activité (lire notre témoignage) et on ne voudrait pas les décourager.
On va donc argumenter pour que l'ensemble de la filière - ateliers, négociants, coopératives, chambre d'agriculture, organismes chargés des labellisations (Igné) - fasse preuve de solidarité. On attend par exemple des marchands de poisson qu'ils fassent des efforts sur les prix et les choix de productions. C'est pourquoi nous avons invité le chargé de mission production animale à la direction des pêches maritimes et de l'aquaculture à venir nous parler des fonds européens, des politiques sani- taires…
Ce retour des jeunes autour des étangs est plutôt bon signe, alors qu'il y a dix ans vous pronostiquiez la fin de la pisciculture en Dombes ?
On voit effectivement arriver une nouvelle génération qu'on n'attendait pas. Ils ont fait des écoles et ils veulent vivre de la pisciculture à part entière, là où nous en avions fait une activité de complément. Nous avons tout intérêt à les aider. Car si on laisse partir la pisciculture, c'est tout l'écosystème dombiste qui va foutre le camp. Nous avons des responsabilités à prendre aujourd'hui, et elles concernent toute la filière.
Pisciculteur à part entière, c'est possible ?
Les jeunes qui veulent s'installer arrivent avec de nouvelles techniques. Ils devront faire avec les espèces nuisibles.
Ce qui passe par une autre pratique de la pisciculture, notamment par la création de bassins. Ce qui ne plaira pas toujours aux environnementaux. Mais tant pis pour eux, puisqu'ils mettent toujours des freins à la gestion du cormoran.
Si la pisciculture veut avoir une chance de survivre, elle va devoir s'adapter. Nous n'avons pas d'autres moyens aujourd'hui pour régler l'opposition entre oiseaux piscivores et production. Soit on modifie l'aspect de la Dombes en se protégeant, soit on disparaît.
Drôle de cercle vicieux ?
C'est vrai, mais la Dombes n'a pas le choix puisque ce sont les pisciculteurs qui détiennent son avenir. La chasse, c'est la chasse… mais elle ne sauvera pas ce territoire. Quand il n'y aura plus de pisciculteurs pour entretenir les étangs, ce sera adieux, veaux, vaches, cochons, couvées de canards et poissons… Il faut donc aussi qu'on nous fasse confiance. Pour cette nouvelle génération qui arrive, nous n'avons pas le droit de baisser les bras, même si nous sommes usés et découragés.
Vous évoquerez la création d'un parc naturel régional dombiste ?
On abordera rapidement le sujet, pour dire - s'il se fait - qu'on espère du dialogue autour de sa mise en place et réclamer qu'il ne soit pas accaparé par les acteurs de l'environnement. Pour le faire vivre, il faudra l'adhésion de tous ceux qui font tourner l'économie dombiste. C'est ce qui a fait échouer jusque-là Natura 2000. On attend de voir ce qu'on nous propose. Une des conditions à sa mise en œuvre restant la gestion des prédateurs. On y revient !
Propos recueillis par Muriel Moustier du progres.
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