La pisciculture française peut-elle rejoindre la dynamique mondiale de l’aquaculture ? A l'initiative de la Commission Filière Poissons de l’INRA, un groupe* constitué de chercheurs de différents instituts et de représentants de la profession piscicole a mené un travail de prospective visant à identifier les futurs possibles de la pisciculture en France en 2021. L’objectif était de disposer d’images cohérentes et contrastées de l’avenir afin d’identifier les défis à relever, intégrer tous les enjeux et aider à choisir des orientations de recherche.
A l’heure où la FAO estime que près d'un poisson sur deux provient déjà de l’aquaculture, dans une période où le taux de croissance mondiale du secteur avoisine les 10% par an et où la demande des consommateurs pour les produits aquatiques ne cesse de croître, quels pourraient être les futurs de la pisciculture française d'ici une quinzaine d'années ?
Le groupe s’est attaché à identifier les tendances lourdes et les ruptures possibles de ce secteur de l’activité agroalimentaire nationale. Au terme d’un travail de prospective utilisant la méthode de l’analyse morphologique, il a retenu 5 scénarios. A côté de scénarios qui laissent entendre que la pisciculture française demeure sur le palier qu’elle connaît depuis plusieurs années, voire décline encore jusqu'à disparaître, le groupe propose des scénarios plus optimistes et identifie les conditions de leur réalisation.
La question environnementale est toujours au centre des préoccupations des ONG et des associations dans un contexte de forte demande intérieure en produits aquatiques liée à la baisse des importations. Les mouvements de citoyens sont particulièrement exigeants et actifs. Dans ce scénario, le pisciculteur devient un acteur reconnu d’une gestion efficace des écosystèmes. Il appuie sa réussite sur des signes de qualité et sur ses propres marques locales. Il bénéficie de plans de développement locaux, cultive le terroir mais doit tenir grand compte du regard attentif de la société sur ses pratiques et ses conditions de production.
Dans un contexte favorable à la concentration, la dimension industrielle de l’aquaculture s'accroît. L'intégration verticale devient la règle. Les productions tropicales prennent de plus en plus de place sur le marché. Les GMS ont le contrôle de la filière et imposent leurs propres chartes qualité, y compris dans l’écolabellisation. Les entreprises du secteur piscicole français de la production et de la transformation doivent s’adapter, s'intensifier et changer de taille soit en étant absorbées soit en absorbant les plus petites d’entre elles.
Trop de contraintes qui s’additionnent mettent en péril la pisciculture française : des exigences environnementales infranchissables, des controverses sur l’intérêt même de la production aquacole sur le sol national, une image négative des produits d'élevage auprès des consommateurs, une absence de volonté politique nationale. Ces obstacles se liguent pour priver le secteur de toute perspective optimiste de développement. La production piscicole française décline.
Une stratégie dynamique de développement de la pisciculture a été élaborée grâce à une alliance de tous les acteurs nationaux rassemblés dans un cadre de politique volontariste. Les initiatives nationales sont soutenues par l'Europe pour répondre à une forte demande en produits aquatiques que la pêche et les productions tropicales ne suffisent pas à couvrir. Le renouveau du secteur est notable; il se traduit par la coexistence de différents systèmes de production viables mais sa réussite à long terme reste dépendante d’une entente sans faille entre les différents opérateurs de la filière.
Dans ce futur de la pisciculture, les demandes des consommateurs ont changé. Les nouvelles générations montrent un attrait particulier pour des aliments festifs et tendance. De nouvelles technologies, en particulier dans la transformation, viennent en appui du secteur et se conjuguent avec des innovations de toutes sortes dans les systèmes de production. Le poisson d’élevage est particulièrement prisé. Au-delà de la consommation alimentaire, le poisson d’aquarium connaît un grand succès. Les pisciculteurs doivent se montrer réactifs pour répondre à ces profondes évolutions du marché.
Ces 5 futurs possibles de la pisciculture française à l’horizon 2021 sont mis à la disposition de l’ensemble des acteurs concernés. Ils sont accompagnés de descripteurs permettant de suivre l’évolution de la situation. Le groupe de travail souhaite qu’ils aident ainsi à réfléchir aux moyens à mettre en œuvre pour promouvoir le ou les scénarios qui leur paraissent les plus favorables tout en explicitant les conséquences de chacun d’entre eux. Par ailleurs, le travail du groupe se poursuit afin d’identifier les défis qui découlent de chacun des scénarios et définir au mieux les recherches à développer en conséquence.
* Participants au groupe de travail : INRA, Ifremer, Cirad, CIPA (Comité Interprofessionnel des Produits de l'Aquaculture), ITAVI (Institut technique de l’aviculture) et entreprises.
Contacts : Olivier CLÉMENT tél. : 05 59 51 59 76
clement@st-pee.inra.fr ou Françoise MÉDALE tél. : 05 59 51 59 97
medale@st-pee.inra.fr Unité mixte de recherche « Nutrition, aquaculture et génomique » INRA-Ifremer-Université Bordeaux I , département « Physiologie animale et systèmes d'élevage », centre INRA de Bordeaux-Aquitaine.