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Les noms d'espèce : comment ne pas y perdre notre latin?



Les noms d'espèce : comment ne pas y perdre notre latin?
Dans le monde du vivant, chaque espèce possède un nom scientifique, dit binomial, constitué du nom de genre suivi d'un épithète. Un seul nom binomial par espèce, une seule espèce par nom, tout cela devrait être simple, et pourtant...

La nécessité d'un nom d'espèce universel se justifie dans bien des domaines. En sciences expérimentales par exemple, lorsqu'une étude porte sur un animal ou une plante, il est indispensable de savoir sur quelle espèce a été réalisé le protocole afin que celui ci puisse être comparé.
Les laboratoires de biologie des populations ou les organismes internationaux comme le secrétariat de la CITES ont besoin de ce nom universel qui peut être compris de tous, et même l'aquariophile qui désire valider un certificat de capacité pour réaliser dans les règles l'élevage de son poisson favori se doit de mentionner son nom scientifique valide auprès des services vétérinaires lors des démarches administratives.

Un nom scientifique dépend donc du nom d'espèce et du nom du genre auquel appartient l'espèce. La règle est simple, seulement la phylogénie, la taxinomie ou la systématique, toutes ces sciences qui réalisent à diffèrent degrés la classification des espèce évoluent sans cesse, et il n'est pas rare qu'une espèce soit extraite d'un genre pour être rattachée à un autre, de fait le nom binomial se retrouve modifié, et tout le monde y perd son latin...

Par exemple, la simple définition de l'espèce évolue, à l'origine, la classification portait sur les créations divines, et donc immuable, les théories de l'évolution ont une première fois chamboulé ce système, plus récemment, l'idée fut de considérer que l'appartenance à deux écosystèmes distincts suffisaient à ségréguer des espèces. L'arrivée des techniques de génétique moléculaire dans les années 1980 a aussi chamboulé la classification. Jusque là seules les différences physiques et physiologiques pouvaient permettre de différencier des espèces, mais maintenant il est possible de comparer les patrimoines génétiques et donc de calculer des « distances » en terme d'évolution. On observe alors de nouvelles modifications de l'arbre phylogénétique.

Ces modifications de genre sont très régulièrement observée chez les poissons, ainsi il faut être un bon spécialiste pour ne pas s'y perdre avec les noms des loricaridés (indépendamment de la classification numérique). Chez les Killies, Aphyosemion deltaense est devenu un Fundolopanchax, le Trichogaster chuna a réintégré le genre Colisa, chez les cichlidés, le genre Cryptoheros n'existe plus, et il faut chercher ses membres du coté des Archocentrus après un passage chez les Cichlasoma. Chez les danios, rien ne va plus! Notre cher poisson zèbre, après près d'un siècle sous le genre Brachydanio a retrouvé son nom de jeune fille Danio rerio, et le très poétique nom du Celestichthys margaritatus (rasbora galaxy) est passé lui aussi à la trappe pour générer le fade nom de Danio margaritatus depuis 2007... Mais jusqu'à quand? (1)

Vous l'aurez compris, la classification des espèces est mise à jour en permanence, suivant les publications des rares laboratoires travaillant encore la dessus, généralement des équipes rattachées aux muséums nationaux. Comme dans toutes les sciences fondamentales, des chercheurs travaillent sur des projets, et des revues spécialisées publient les résultats si ceux si sont satisfaisants. Et dès lors qu'une modification est publiée, le nouveau nom prend effet, et il n'existe pas encore d'organisme mondial qui assure les mises à jour en temps réel, si ce n'est quelques tentatives isolées et encore incomplètes.
La classification dépend de la définition un peu floue du concept d'espèce, donc peut penser que n'importe qui pourrait publier ce qu'il veut, principalement dans un monde scientifique où la notoriété se mesure en nombre de publications. Mais par chance en sciences les revues et la concurrence des laboratoires jouent le rôle de garde-fou. Partout en sciences, sauf ici. En effet, cette science « à l'ancienne » a très mal vécu l'arrivée des sciences expérimentales, et n'a pas suffisamment bien intégré les progrès tels que la génétique moléculaire et les statistiques. Elle n'attire plus personnes, et seule une poignée de savants exercent encore dans ce domaine, donc vous pouvez publier ce que vous voulez, personne ne prendra la peine de vous contredire. Quant aux revues, elles sont bien souvent gérées par les auteurs des publications eux mêmes, ou leur proches (directeurs de thèse etc), et on est en droit de s'interroger sur leur impartialité.

Reste au commun des mortels à faire avec et à se tenir informé comme il le peut. On peut parier en tout cas que les nom vernaculaires ont encore de beaux jours devant eux.

(1) Il semblerait que le nom Danio margaritatus ne soit déjà plus valide.


Jeudi 20 Mai 2010 - 18:59
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delorme nicolas

vos commentaires...

1.Posté par P.Burnel le 14/05/2010 13:40
chez les cichlidés, le genre Cryptoheros n'existe plus, et il faut chercher ses membres du coté des Archocentrus après un passage chez les Cichlasoma.
Attention je vous fais remarquer que Cryptoheros existe bel et bien et est toujours absolument valide !

salutations

2.Posté par D.Le Bris le 14/05/2010 16:30
Je confirme ce que dit Philippe, beaucoup d'Archocentrus sont dans le genre Cryptoheros

3.Posté par Philippe ANCELOT le 16/09/2010 16:23
Il n'y a aucune raison pour que "même l'aquariophile qui désire valider un certificat de capacité pour réaliser dans les règles l'élevage de son poisson favori se doit de mentionner son nom scientifique valide auprès des services vétérinaires lors des démarches administratives".
En effet, la Fédération Française d'Aquariophilie qui siège dans les commissions ministérielles a obtenu que les amate...  

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